29/07/2014

Et si ça avait été nous ? Ou la chronique d'une grossesse stressante...

Pour ceux qui me lisent de temps en temps par ici, ou me suivent sur twitter, vous le savez peut être, mais je viens d'avoir une seconde petite fille. Née le jour de l'été, et en parfaite santé pour le moment. Mais pour autant, si la grossesse s'est globalement bien passée pour la maman, on ne peut pas dire qu'elle a été vécue sereinement.

Pour les 2 grossesses, j'ai été présent à toutes les échographies, et j'ai toujours tout fait pour y être. Sauf une. Cette dernière échographie de ce second bébé. Celle qui allait créer une suite d'évènements qui nous a fait vivre un véritable stress, à quelques semaines de la rencontre avec notre bébé. Voici l'histoire condensée, et les questions que cela m'a amené à me poser. Un petit retour d'expérience qui, je l'espère, aidera les personnes qui seraient susceptibles de vivre la même chose.

Monitoring Philips

Cette seconde grossesse se passait bien. Tous les signes étaient au vert, et pour beaucoup de choses, c'est l'avantage du second, on connaissait : les exams, les prises de sang, les taux à surveiller, les trucs à faire/ne pas faire... Bref, tout était sur des rails, jusqu'à cette 3ème et dernière échographie.

Déjà, le destin nous avait prédestiné à un problème. Impossible d'avoir un rendez-vous sur un horaire où notre première fille (la grande) serait gardée. Ce qui signifiait du coup forcément qu'un de nous 2, pour la première fois, ne serait pas à cette 3ème échographie. Je vous laisse deviner qui.

Bref, c'était un samedi matin. Un samedi d'avril, de printemps pluvieux et gris comme on les aime les déteste. La maman revient de son rendez-vous et m'annonce, laconique : "Il y a un problème". Mon sang ne fait qu'un tour. C'est à dire ? Je prends le bilan, et cherche l'indice. Là, dans les mesures, il y a un truc qui ne colle pas : le fémur est "trop petit".

Là, il convient de faire un aparté. Qu'est-ce qu'un fémur dit "trop petit" ? Sur quoi se base-t-on pour avoir une telle affirmation ? Et bien, tout simplement, sur des statistiques, qui donnent des courbes. Des tas et des tas de données qui sont rentrées dans la machine, qui du coup les compile et en sort des résultats attendus par rapport à une courbe.

Et là, c'est le drame : le fémur de notre seconde fille sort de la courbe, vers le bas. Là, le point est juste en dessous. La taille mesurée est en dessous du 3ème percentile. Ce qui signifie que, en résumé, dans toutes les données rentrées de toutes les tailles de fémur mesurées, moins de 3 enfants sur 100 ont une taille comme celle-ci, ce qui les situe en dessous de la moyenne. Et donc, déclenche tout un tas d’événements.

Instruments médicaux

L'obstétricien prescrit une échographie de contrôle en Centre Pluridisciplinaire de Diagnostic Prénatal. Bien entendu, il ne lui a pas vraiment expliqué pourquoi, on est samedi, et le temps que je réagisse il est parti. Plus personne au cabinet, et le week-end est un week-end prolongé. Entre temps, ma femme a fait l'erreur à ne pas faire : elle a tapé "risque petit fémur" dans un moteur de recherche. Elle tombe donc sur tous ces témoignages, venus d'on ne sait où (la plupart sont surement vrais je n'en doute pas), non vérifiés, de parents affolés à qui on a prédit un risque d'enfant trisomique

J'avais dit que je ferais court. Pas évident au final. Madame est un peu affolée. J'ai du mal à rationaliser. J'attrape mes bouquins de biologie cellulaire espérant y trouver une réponse rassurante. Rien, nada. Je me décide donc à me rabattre sur le net, et d'analyser les témoignages en essayant de les classer : des plus sérieux aux plus complets. J'en sors 4 ou 5, qui ont indiqué tout leur parcours : de l'annonce du fémur trop petit, à la naissance. Dans 95% des cas, l’histoire se finit bien. Ouf, un petit espoir pour rassurer madame. Mais les 5% sont là aussi et vont rester dans un coin de notre tête.

Le week-end se passe. Difficile d'évacuer, on tombe dans l'attente. J'ai beau retourner le problème dans tous les sens, je ne vois rien de plus : risque faible mais existant, fémur petit mais pas si petit, reste de l'analyse ok....

Mardi arrive. Au saut du lit je cherche le centre le plus proche pour avoir un rendez-vous. J'ai déjà récupéré la liste, elle est courte mais heureusement, là où il y en a le plus, c'est à Paris. Après quelques coups de fils, je décroche le rendez-vous tant attendu, où nous espérons des réponses, des éclairages...

Désinfectants et matériel médical

Le jour J arrive rapidement finalement. La gynécologue obstétricienne qui nous reçoit est très bien. Le 8ème mois de grossesse est en cours. Bébé est viable, entier, bouge, remue. On le sent, il a l'air en forme. L'échographie dure son temps. Le médecin nous livre son analyse : tout va bien, sauf ce fémur, trop petit, là, juste en dessous de la courbe. Elle nous propose une amniocentèse, et si le résultats est positif à la trisomie 21, une interruption thérapeutique. A 8 mois. Je suis scotché... Je ne peux à ce moment là m'empêcher de me souvenir de cet excellent article du Dr Kalée. Je me le repasse dans ma tête. Il m'a d'ailleurs beaucoup aidé à relativiser pendant cette période de stress, et rien que pour ça, je l'en remercie.

Je fais un calcul rapide aussi : amniocentèse programmée, résultats sous 3 semaines, ça veut dire résultats durant le 9ème mois. Quel intérêt ? Nous garderons le bébé quoi qu'il en soit. Il n'est pas question ici de religion ou de toute autre croyance : mon bébé aura 9 mois, si elle est différente, nous ferons avec. C'est comme si elle était déjà là. La question de l'interruption est évacuée. Par omission volontaire, ou non, elle ne nous parlera pas de cette nouvelle technique, moins invasive, qui est possible depuis cette année par prise de sang. Il valait peut être mieux finalement. Consciencieusement, et après s'être assurée que nous avions bien tout compris, elle écrira sur son compte-rendu, en guise de conclusion (je vous cite mot pour mot) : "Les parents ont été avertis du risque et sont prêts à accueillir un enfant différent". Elle ne fait que son boulot, je ne la blâmerai pas. Elle se protège, protège l'hôpital. Suit la loi, les protocoles existant. Nous ne sommes au final que des parents parmi d'autres, des statistiques....

Le rendez-vous se termine. Rien ne s'est mal passé, mais on n'est pas plus avancé : le risque est faible mais il existe. D'ailleurs, je le sais, c'est mon métier : le risque 0 n'existe pas. Je garde un arrière goût nauséeux de tout ça. A quoi tout cela a-t-il servi ?

La suite est simple : je recontacte notre échographe, qui nous demande de revenir au début du 9ème mois pour une écho de contrôle de croissance. Cette fois je serai là, pas moyen que je la rate. Je prends le rendez-vous moi-même. On part en vacances quelques jours. On oublie, mais on garde quand même ce truc qui nous gratte, nous trotte dans un coin du cerveau. Un soir je reprends les données des échos de sa soeur que j'ai récupéré. Je compare à semaines égales avec un petit calcul mathématique et quelques exponentielles. A l'arrivée, le fémur de la seconde a 5mm de moins que la 1ère. 5 p.... de millimètres ! La moitié de mon ongle !!!!

Il est temps d'en finir. L'échographie dite "de croissance" se passe bien. Le fémur est toujours hors courbe, mais pour la première fois, le médecin est rassurant. Il semble confiant, pas inquiet. Cela aura son effet. Le dernier mois s'écoule, le jour J arrive, puis le jour J+1, en 3 heures notre petite fille arrive. Elle est là. Un beau bébé de 3kgs800 et presque 50 cms. En pleine forme. "Normale". Je ne retiens pas mes larmes, ni mon bonheur. Tout ça.... pour ça. A défaut d'avoir savouré cette grossesse (je n'ai pas vraiment savouré la première mais ça, je vous le raconterai une autre fois), je savoure cette naissance. Tout simplement....

Résultat de monitoringe en salle de naissance

11 commentaires:

  1. Un magnifique témoignage, merci,
    J'ai vécu une histoire similaire comme je te l'avais dit peut être sur twitter. Angoisse, stress, internet, avortement... Pfff tout dans la tête se bouscule.
    Heureusement tout va bien et je vous souhaite tout le meilleur pur tous les 4 ❤️

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  2. Je sais que les médecins font ça pr se protéger mais qu'elle angoisse et quel manque d'informations surtout ! Pour mon premier à 5 semaines, mes taux d'hormones de grossesse ont chuté très fort. Ma gynécologue de l'époque m'a dit le lundi : "vous allez vers une fausse couche, appelez-moi si vous saignez sinon on fait une échographie le samedi à ma garde à la maternité". La semaine a été horrible à vivre pour nous deux, nous pleurions beaucoup et nous n'avions rien dit à personne, c'était très dur. Et puis toujours pas de sang, le samedi on va à la maternité avec les pieds de plomb en s'attendant à découvrir un foetus mort, j'imaginais déjà la suite... Et puis arrive l'écho, écran volontairement retourné pour qu'on ne voit rien. Puis elle le tourne vers nous après l'avoir observé sans piper mot pendant les 3 minutes les plus longues de ma vie et ns dit : "Vous voyez là le truc qui clignote ? Bah c'est son coeur... Il bat." Conclusion : j'avais peu d'hormones de grossesse et voilà c'était comme ça.
    Aujourd'hui avec le recul je me dis que c'était un vrai stress inutile qu'elle nous avait infligé là. Pour ma deuxième grossesse j'ai eu diabète +bébé à évolution plutôt lente et mon (nouveau) gynécologue a fait tous les examens nécessaires en ns informant mais jamais en s'alarmant outre mesure. Et j'ai pu vivre une grossesse beaucoup plus sereine ! Contente que votre puce n'ait rien, profitez bien !

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  3. wahou, j'en ai des frissons!!! heureuse que tout aille bien!!!

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  4. on l'oublie souvent qui dit grossesse dit gros-stress !

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  5. Je prends enfin le temps de commenter ! Je n'ose même pas imaginer le stress que vous avez pu vivre ! Je voulais justement le raconter aussi sur mon blog, pour ma deuxième j'ai eu l'amniocenthèse car la prise de sang concernant la trisomie n'était pas au top du mieux ! Tout ça s'est passé sur un mois de temps, le mois le plus long de ma vie ! Car en attente de réponses, tu te tritures l'esprit à savoir si on garde bébé ou pas... Notre décision était prise, dans tous les cas, le choix n'était pas facile ! C'est donc ça, les grossesses sont du méga stress... et rendent les choses "à côté" tellement plus minimes ! Enfin, une heureuse fin pour vous ! Félicitations à vous 4 encore ;-)

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  6. Un très joli billet que je découvre sur le tard mais qui est touchant de justesse et de sincérité...
    Je sais que beaucoup de médecins se "protègent" mais je trouve que de plus en plus à médicaliser les choses on arrive à un certain excès....regrettable à mon avis.

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  7. Très joli billet, je suis contente de voir que tout va bien. C'est vrai que c'est assez délicat de gérer ce sentiment, j'ai eu le même genre "d'emballement" au début de ma grossesse, à cause d'une mesure hors norme, et je dois dire que les semaines d'attente des résultats ont été les plus longues de ma vie. Là il me reste 2 mois, encore quelques petites choses "à surveiller"... et j'espère vite savoir ensuite après la naissance que tout va bien ! Merci de partager ton expérience, ça aide à relativiser.

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  8. Merci pour ce témoignage qui je l'espère remontera dans le référencement du moteur de recherche utilisé par les parents inquiets

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  9. Billet très important pour moi, surtout lorsqu'il est écrit par un père ... Mon homme a tellement de recul qu'il ne mesure pas du tout le stress que je vis : Je suis enceinte de 7 mois plein, et ma 3e echo était la semaine dernière. Dejà je précise que cette grossesse est plus que stressante, ayant vécu l'année dernière une grossesse arrétée depuis 6 semaine, et dont on s'est rendu compte à la 1ere echo. Inutile de te dire comme on est tombé de haut. Bref je m'en remets, mais 1 an après je retombe donc enceinte, et depuis le premier jour je ne suis pas tranquille. Dejà je ne prends pas de poids, j'en suis à 5g alors que pour mes deux premières j'ai pris 13 et 10kg. Et puis j'ai peur de le perdre à nouveau, ou que quelque chose n'aille pas et que l'on s'en rende compte tard. Je me blinde psychologiquement car je me prépare depuis le début à une annonce négative chaque jour. C'est plus fort que moi, cette grossesse, je ne la vis pas bien, pas sereine du tout. A la 2e echo, la gynéco me dit que tout va bien mais que c'est un petit bébé. Le tri test est de 1/400. Pas glorieux mais elle me dit aucune crainte. Il y a une dilatation des reins de 3mm, ce qui reste dans des chiffres acceptable, tant que cela ne dépasse pas 5mm. Et un fémur petit, sous la norme. Une semaine après elle m'appelle car elle a assisté à une conférence, et me dit qu'il faudrait que je fasse une echo diagnostique car ces deux petits signes peuvent révéler une trisomie cachée. Re gros stress alors que j'avais tout juste commencé à me sentir enceinte et à ne plus réfléchir. Le RDV arrive une semaine après et l'echographe me dit que pour lui tout va bien. Il est pas gros c'est sûr. Mais à priori tout est proportionné. Je lui demande si c'est pas mieux de faire l'amniocenthèse, il me dit que c'est trop dangereux à 6 mois de grossesse, si je veux être rassurée il y a la prise de sang non remboursée à 800 euros. Je ne fais ni l'un ni l'autre, lui faisant confiance, il dit que tout va bien. Mais je ne vis plus. Bébé bouge bien, il est là. Mais j'ai peur pour l'avenir. On ne lui a toujours pas trouvé de prénom. Comme si on attendait qu'il soit là pour trouver. Ma 3 echo s'est faite à l'hopital la semaine dernière. L'echographe me redit qu'il est vraiment petit, au 10e percentile. Son poids estimé est de 500g de moins qu'il le devrait. Il m'a donc redonné un RDV d'echo de controle dans deux semaines. Depuis je suis encore plus stressée, je n'arrive pas à me réjouir, je tricote pour me vider la tête, mais ça marche pas trop. J'ai peur des conséquences. Je n'arrive pas à relativiser. J'en viens à espérer qu'il naisse un mois avant car j'aurais l'impression qu'il sera plus en sécurité dehors que dans mon ventre. J'ai tellement hâte que cela se finisse. Et tellement peur que l'on m'apprenne à la naissance, un handicap, ou des complications en tous genres ... Les médecins ne se rendent pas compte comme ils pourrissent la vie des femmes enceintes, certes ils sont obligés de tout dire. Mais quelles seront les conséquences de ce stress pour mon fils ? La première des conséquence est que je ne ferai pas d'autre enfant, alors que 4 nous aurait vraiment plu. Mais plus jamais 9 mois comme ça. Merci pour ton billet. Pardon pour le pavé, mais ça évacue un peu pour moi.
    Garrice

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  10. J'ai accouché depuis ! De mon plus gros bébé, naturellement, venu le jour J et il pesait 3,8kg.
    C'est merveilleux mais c'est moche. Ma grossesse était un calvaire. Des alertes et des mots alarmistes pendant 9 mois. Mon fils est en pleine santé.
    C'est franchement dommage tout ce stress... qu'on m'a infligé.
    Bon courage à toutes, et pensez qu'en général tout se passe bien au bout du compte !

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  11. Super témoignage, plein d'émotions chez le lecteur, ça laisse imaginer pour toi... Et effectivement, informations complètement nouvelles pour moi, qui pourraient être utiles pour mon futur cas comme pour ceux de mon entourage.

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